Esquisse d'une autobiographie - 2/27

Tout ceci n'était que mensonge, tout comme le reste du cours, car si l'un d'entre nous, porté par de bonnes ou de moins bonnes intentions, s'aventurait à contester un commandement, ou bien encore une habitude ou une mode ridicule, il était alors soit rétribué et montré en exemple, soit puni, ridiculisé et écrasé par la supériorité si facile du professeur.

Par chance, j'avais appris, bien avant de fréquenter les bancs de l'école, ce qui avait le plus d'importance et de valeur dans la vie : je bénéficiais de sens d'une grande vivacité, d'une extraordinaire délicatesse et d'une excellente finesse sur lesquels je pouvais compter en toutes occasions et dont je profitais également avec délectation, et lorsque, plus tard, je succombai aux charmes de la métaphysique, délaissant et négligeant alors même mes sens, l'atmosphère d'une sensibilité développée tout en délicatesse, particulièrement en ce qui concerne la vue et l'ouïe, m'est restée fidèle, et faisait partie de mes pensées, même lorsque celles-ci semblaient des plus abstraites. Ainsi, j'étais armé d'un certain bagage pour affronter la vie, et ce, comme je l'ai dit, bien avant le début de mon entrée à l'école. J'avais déjà acquis des connaissances sur ma ville natale, sur les basse-cours et sur les forêts, sur les jardins potagers et sur les ateliers des artisans, je connaissais les arbres, les oiseaux et les papillons, je savais chanter des comptines et siffler des mélodies et bien plus encore de choses toutes aussi utiles dans la vie. Ainsi, à présent venait l'heure de l'enseignement des connaissances scolaires, qui pour moi, étaient simples, et m'amusaient beaucoup, en particulier le latin, que j'avais beaucoup de plaisir à apprendre, si bien que très tôt, je composai des vers aussi bien en latin qu'en allemand.