8/27

L'amertume de mes années d'école et de jeune adulte, où je frôlai si souvent ma perte de très près, appartenait à présent au passé et je pouvais désormais en rire - même ma famille et mes amis, qui doutaient tant de moi jusqu'alors, faisaient preuve de sympathie à mon égard. J'avais gagné et je pouvais à présent me permettre les pires bêtises et futilités, on trouvait ravissant le fait j'étais moi même tombé sous mon propre charme. C'est seulement à ce moment là que je me rendis compte que j'avais vécu, année après année, dans un effroyable isolement, dans une ascèse et un danger des plus absolus et le souffle tiède de la reconnaissance me fit le plus grand bien et je commençai à devenir un homme libre.

 

En apparence, ma vie se déroula tranquillement et agréablement pendant un bon moment. J'avais une épouse, des enfants, une maison et un jardin. J'écrivais mes livres, j'étais considéré comme un poète apprécié et je vivais en paix avec le monde. En 1905, je participai au lancement d'un journal, voué à lutter contre le règne Guillaume II, sans quoi je n'aurais jamais pris cette affaire au sérieux. J'entrepris de merveilleux voyages en Suisse, en Allemagne, en Autriche, en Italie et en Inde. Tout semblait aller pour le mieux.

Puis, vint l'été 1914, et tout fut soudainement bouleversé, aussi bien intérieurement qu'extérieurement. Il apparaissait soudain que notre bien-être se trouvait sur un sol bien peu sûr, et c'est là que commença une lente descente aux enfers, la grande éducation.